
J’ai lu la nouvelle ce matin. Dans un journal iranien en ligne. J’ai répété deux, trois, ou peut-être quatre fois son nom : Aimé Césaire ! Aimé Césaire ! Aimé Césaire ! Tout d’un coup, je me suis retrouvée dans la classe de Mme Moussavi à Téhéran il y a quinze ans. Le nom d’Aimé Césaire m’a emmené des milliers de kilomètres loin d’ici. Comme Proust et les fameuses petite-madeleines…

J’ai 19 ans, étudiante à l’université, en deuxième année de la langue et littérature françaises. Mme Moussavi nous récite les poèmes de Césaire et on n’écoute pas. On ne l’entend pas. Elle insiste, elle récite, beaucoup d’émotions dans sa voix :
« l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot »1
Mais nous, la tête en l’air, nous ne voulons pas entendre. On ne regarde que la montre et se demande pourquoi ces petites aiguilles ne s’avancent pas. Enfin, c’est l’heure de sortir. Je ne garde que le souvenir d’un nom dans la tête. Un nom que je trouve beau et mystérieux : Aimé Césaire !
Les années s’écoulent… Je ne suis plus l’étudiante en deuxième année. Le monde a changé. Ma vie a changé. J’ai changé. Oh, J’ai changé tellement que parfois je ne me connais même pas. Je vais quitter mon pays, mes proches, mes amis. Je vais tout quitter. Le temps passe trop vite et je me sens délaissée dans ce monde, dans ce parcours, ce voyage dont je ne connais pas la fin. Je dois partir. Je ne peux pas perdre un instant… Et ce soir-là, la veille du départ, je dis Au revoir à mes livres, mes notes, mes cahiers, mes polycopies… Je les touche. Je leur parle. Je les sens. Les yeux humides…
C’est à ce moment d’adieu qu’un papier glisse et tombe par terre. Je le ramasse. Je reconnais le nom de ma prof, en dessus, à gauche du papier. Mes yeux cherchent un autre nom dont je ne me souviens plus. Un nom à la fois près et loin. Je suis sûre que je l’ai gardé quelque part dans la mémoire. Et soudain, je vois ces lettres qui défilent, main dans la main, sous mes yeux :
« Mon cœur bruissait de générosités emphatiques. Je viendrais à ce pays et je lui dirais: ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »2
Je les récite à haute-voix, encore et encore… je me rappelle bien le poète. Aimé Césaire ! Son nom est caché en dessous, à droite du papier. Je l’emmène avec moi. Il m’accompagnera dans ce voyage dont j’ignore la fin….
Ce matin printanier californien, j’ai lu la nouvelle de son départ à jamais. Le soleil est généreux et je ne peux pas fredonner :
« Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville… »3
J’ai envie de fermer les yeux. J’ai envie d’oublier cette nouvelle. Impossible…
Si seulement je pouvais avoir 19 ans à nouveau…
1- Aimé Césaire. Cahier d'un retour au pays natal
2- Aimé Césaire. Cahier d'un retour au pays natal.
3- Paul Verlaine

On se dit bonjour, le sourire aux lèvres.
Je la regarde droit dans les yeux. Pas besoin de parler. Nos yeux et nos sourires réciproques se parlent déjà dans un silence qui dure moins d’une seconde. Elle sait bien ce que j’ai envie de boire. Elle le lit dans mes yeux peut-être. Elle étend inconsciemment la main vers les verres en papier. Tout d’un coup, elle s’arrête. Mais? Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ?
Elle se tourne la tête vers moi. Seulement la tête. Pas un autre geste de plus. « which size ? small as usual ? » demande-t-elle.
Je hoche la tête pour dire NON : « Medium. I wanna medium today. »
Et là, quelques secondes plus tard, j’ai le paradis entre les mains. Ce café ! Oh mon Dieu ! Ça sent le paradis ! « Hawaiian hazelnut coffee ». Je mets du lait dans mon café « à moi » et je le sens de nouveau. J’ai hâte de le goûter. Je le fais sur le champ. Frissons… plaisir… extase…
Je réfléchis… c’est bien moi ? Moi qui n’étais qu’amoureuse des tisanes merveilleuses de Volup’Thé *? Je redécouverts mon amour perdu dans ce café. Mais qu’est-ce qu’il a dedans ? Quel est son secret caché ? Je n’arrive pas à le savoir. Tant pis ! Je ferme les yeux. Je reprends une gorgée. Je me lâche, m’abandonne dans le plaisir…
Encore une gorgée de café.
Elle me regarde toujours, souriante et curieuse. Je lui rends son sourire. Elle le sait, elle aussi. Elle sait que je suis amoureuse. Amoureuse du goût de ce café. Ce café qui a l’odeur d’un paradis terrestre.
La jeune fille brune à la cafétéria sait bien mon secret…
On se dit à très bientôt, le sourire aux lèvres…
*Le nom d'un salon de thé, rue Bersot à Besançon.

Encore une fois, Norouz est arrivé. Mystérieux et magique, apporte la fraicheur et la joie du printemps. Oh! Quel est beau ce printemps! Ce printemps plein de verdure, fleurs, parfums et couleurs…
Combien j’ai envie de les tous prendre dans mes bras et de caresser toutes ces beautés magiques…
Que ce printemps nous apporte la paix, la joie et la liberté…
Joyeux Norouz et Bonne année iranienne 1387!

Pour savoir plus à propos de Norouz, cliquez sur ce lien.


Ils sont loin ces jours-là où j'ai entendu pour la première fois dans ma vie cet horrible bruit... J'ai eu 6 ans ou peut-être 7...
Ma maman a lu à haute voix le titre du journal de l'après midi: Iraq a envahi le sud de l'Iran... Et c'est ainsi que la grande guerre a éclaté...8 années de guerre...
Ce bruit inoubliable! Qu'est-ce que c'était? Le bruit des bombs, des avions, des mitraillettes, des cris, des morts, des larmes...
Je ne peux jamais oublier ces sinistres jours-là... et maintenant après des années, on parle de la possibilité d'une autre guerre qui ne sera plus comme l'autre...
J'ai envie de fermer les yeux et de me couvrir les oreilles avec les deux mains, très fort, très fort... J'ai envie de faire la sourde oreille... Pour qu'elles n'entendent rien...
Monsieur le Bon Dieu! Si tu es toujours là, si tu m'entends, si tu existes fais enfin quelque chose!!!!!

Il y a des moments dans ma vie où je souhaite d'être née dans un autre pays que le mien. Le fait de quitter le pays d'origine et de voir les autres gens, les autres manières de vivre, les autres systèmes de penser, ça fait tout basculer. T'es plus la même personne qui avait quitté le pays il y a des années. Quand je parle avec mes amis, on est plus sur la même longueur d'onde. Ils me comprennent pas et vice versa. Ça me fait beaucoup plus de la peine surtout quand il s'agit de mes proches. On a pourtant vécu sous le même toit pendant des années mais maintenant...Qu'est-ce qui se passe? On ne se comprend plus... ça m'attriste énormément ...
Si je pouvais choisir mon lieu de naissance, je souffrais peut-être moins... Et pourtant, j'aime mon pays d'origine, j'aime mon peuple mais je ne peux pas me taire devant l'injustice, la violence, l'inégalité. On me conseille de ne plus en penser. Est-ce faisable?
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J'ai vu Audrey pour la première fois à Paris pas loin d'avenue d'Iéna. Il faisait beau et le soleil était bien généreux. Mais plus généreux que le soleil, c'était les beaux yeux doux et gentils d'Audrey. Elle nous a invité à son petit appartement plein de couleurs de l'Orient. Quelques mois plus tard, j'étais obligée d'aller rester à Paris pour une semaine. Il suffisait de l'appeler et elle ouvrait ses bras pour nous accueillir encore une fois dans son joli nid près de la Gare de Lyon. Oh, qu'ils me paraissent loin ces beaux jours-là. Elle nous a fait gentiment découvrir Paris et ses charmes cachés aux yeux des touristes maladroits... Qu'elle me manque cette jeune fille parisienne qui parle persan avec un bel accent afghan.
il y a quelques jours, elle m'a informé qu'elle avait été reçue comme finaliste avec vingt autre finalistes au grand prix Paris-Match du photo-reportage étudiant. Elle concourt pour l'EHESS avec BUZKASHI (joute équestre afghane) . Et comme elle explique dans son mél, elle a une chance sur 21 d'être publiée dans Pais Match et de gagner 5000 euros (1er prix) + 5000 euros pour l'EHESS. Elle ajoute finalement " Mes chers amis, grâce à vos votes avant le 21 MAI - je peux gagner la somme non négligeable de 1000 euros (prix du public), soit pas mal de beurre dans les épinards!"
Si vous en avez envie, SVP votez pour elle. Après avoir entré vore adresse de mél, n'oubliez pas de cocher "à la folie". Il lui reste que 5 jours. En tant que son amie, je voudrais lui doner cette chance et je sais qu'elle la mérite:)
*Vous aurez également l'occasion de voir ses photos et son bel article en ligne !
*Voici la mosaïque de selection.

J'entends les pas du pintemps!
L'odeurs des fleurs, le chant des oiseaux cachés dans les palmiers et les arbres de la cour, les écureuils qui viennent derrière la porte de notre maison et s'enfuient dès qu'ils entendent un petit bruit et montent toute de suite un arbre, le plus près bien évidemment dans la cour; tout cela annonce l'arrivée du printemps, de Norouz (nouveau jour)!
Je vous souhaite une très Heureuse Année 1386 (le Nouvel An iranien)! Qu'elle soit très généreuse et nous apporte la paix, la paix et encore la paix!
