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Aimé Césaire

avril 17, 2008

J’ai lu la nouvelle ce matin. Dans un journal iranien en ligne. J’ai répété deux, trois, ou peut-être quatre fois son nom : Aimé Césaire ! Aimé Césaire ! Aimé Césaire ! Tout d’un coup, je me suis retrouvée dans la classe de Mme Moussavi à Téhéran il y a quinze ans. Le nom d’Aimé Césaire m’a emmené des milliers de kilomètres loin d’ici. Comme Proust et les fameuses petite-madeleines…

J’ai 19 ans, étudiante à l’université, en deuxième année de la langue et littérature françaises. Mme Moussavi nous récite les poèmes de Césaire et on n’écoute pas. On ne l’entend pas. Elle insiste, elle récite, beaucoup d’émotions dans sa voix :

« l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot »1

Mais nous, la tête en l’air, nous ne voulons pas entendre. On ne regarde que la montre et se demande pourquoi ces petites aiguilles ne s’avancent pas. Enfin, c’est l’heure de sortir. Je ne garde que le souvenir d’un nom dans la tête. Un nom que je trouve beau et mystérieux : Aimé Césaire !

Les années s’écoulent… Je ne suis plus l’étudiante en deuxième année. Le monde a changé. Ma vie a changé. J’ai changé. Oh, J’ai changé tellement que parfois je ne me connais même pas. Je vais quitter mon pays, mes proches, mes amis. Je vais tout quitter. Le temps passe trop vite et je me sens délaissée dans ce monde, dans ce parcours, ce voyage dont je ne connais pas la fin. Je dois partir. Je ne peux pas perdre un instant… Et ce soir-là, la veille du départ, je dis Au revoir à mes livres, mes notes, mes cahiers, mes polycopies… Je les touche. Je leur parle. Je les sens. Les yeux humides…

C’est à ce moment d’adieu qu’un papier glisse et tombe par terre. Je le ramasse. Je reconnais le nom de ma prof, en dessus, à gauche du papier. Mes yeux cherchent un autre nom dont je ne me souviens plus. Un nom à la fois près et loin. Je suis sûre que je l’ai gardé quelque part dans la mémoire. Et soudain, je vois ces lettres qui défilent, main dans la main, sous mes yeux :

« Mon cœur bruissait de générosités emphatiques. Je viendrais à ce pays et je lui dirais: ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »2

Je les récite à haute-voix, encore et encore… je me rappelle bien le poète. Aimé Césaire ! Son nom est caché en dessous, à droite du papier. Je l’emmène avec moi. Il m’accompagnera dans ce voyage dont j’ignore la fin….

Ce matin printanier californien, j’ai lu la nouvelle de son départ à jamais. Le soleil est généreux et je ne peux pas fredonner :
« Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville… »3

J’ai envie de fermer les yeux. J’ai envie d’oublier cette nouvelle. Impossible…

Si seulement je pouvais avoir 19 ans à nouveau…

1- Aimé Césaire. Cahier d'un retour au pays natal
2- Aimé Césaire. Cahier d'un retour au pays natal.
3- Paul Verlaine



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Posted by cjsclg | septembre 19, 2008 4:25 AM

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